Couleuvre à collier (Natrix natrix)
Linné, 1758
 
Grass Snake
Ringelnatter
Culebra de collar
Biscia dal collare
Répartition
On la rencontre partout en France et en Corse. C'est le plus commun de tous les Serpents français. Des 9 sous-espèces, ne seule est présente en France continentale (N. n. helvetica Lacepède) et une est endémique de la Corse (N. n. corsa Hecht). Dans le Sud, elle monte jusqu'à 2300 m d'altitude dans les Alpes et 1200 m dans le Massif Central.
Taille
Les mâles mesurent jusqu'à 1,10 m, les femelles, plus grandes, 1,75 m et exceptionnellement 2 m. Les plus grands spécimens que nous avons capturés mesuraient 72 cm pour les mâles et 1,08 m pour les femelles.
Coloration

Cette Couleuvre a tiré son nom du collier blanc, crème ou orangé, souligné de noir, qu'elle porte généralement sur la nuque. Certains spécimens sont totalement dépourvus de ces taches nuccales. De teinte grise, gris-bleu, olivâtre ou brune, le dos porte des tâches paires alternantes ou des bandes étroites. Sur le flanc, de petites barres verticales plus ou moins nettes. Ventre clair, vers l'avant, presque noir à l'arrière, les plages claires et foncées alternent en damier irrégulier. Ecailles labiales crème à sutures noires. La coloration des jeunes est semblable à celle des adultes.

Variété «ater». Il existe des individus partiellement ou totalement mélaniques. Rares en France, certains ont été trouvés en Vendée («Le Puy de Sèvre» à 3 kms de Treize-Vents en direction de «Les Epesses», le 14 avril 1974 ; Ste-Florence, le 1er novembre 1983 (observations D. Guérineau, inédit) et en Bretagne : Ile-et-Vilaine (Angel 1946), Sud du Morbihan, Nord de la Loire-Atlantique, près de Nozay (H. Saint Girons, inédit).

Contrairement à ce qui se passe chez les Vipères mélaniques (Aspic ou Bérus), où il n'y a jamais de vipéreaux noirs à la naissance, chez la Couleuvre à collier mélanique, certains couleuvreaux sont noirs à la naissance : une femelle mélanique a pondu 14 oeufs qui, mis en incubation artificielle, ont tous éclos ; il y a eu 12 couleuvreaux de coloration normale avec cependant au-dessus du collier blanc, à la base de la tête, dorsalement, une teinte un peu noir brillant ; les deux autres couleuvreaux (des femelles) étaient mélaniques. La gorge était légèrement blanche et le tracé du collier blanc à peine perceptible (J.P. Belloy, inédit).

Biotope
Elle fréquente les endroits humides, les forêts, les bords de ruisseaux, rivières, mares, étangs et plus rarement les côteaux pierreux et broussailleux où elle hiverne souvent.
Comportement

Elle est surtout active le jour, lorsque sa température corporelle est comprise entre 14 et 33° (en moyenne 250) (Guillaume 1975), sa température préférentielle variant de 22 à 30° (Bruno et Maugeri 1977). Les températures cloacales que nous avons relevées varient de 16 à 31°, pour des Couleuvres observées hors de leur abri, dans la nature. Elle va fréquemment à l'eau pour se nourrir, nageant et plongeant avec agilité. Lorsqu'elle est perturbée, elle siffle et éjecte un liquide nauséabond par le cloaque ; elle peut aussi élargir sa tête qui paraît plus triangulaire, et s'enrouler comme une Vipère en position de défense, mais elle cherche très rarement à mordre. Si l'on continue à l'inquiéter, ou en présence d'un prédateur, la Couleuvre à collier peut facilement simuler la mort ; elle s'enroule, se met sur le dos, ouvre la bouche, langue pendante, restant immobile pendant plusieurs minutes ; dès que le calme revient, elle reprend son activité et disparaît.

Elle peut exceptionnellement quitter l'eau douce pour l'eau de mer où elle a été signalée à plusieurs reprises : à 7 kms de la côte en Bretagne (Billiard 1914) et jusqu'à environ 40 kms en mer (Bruno et Maugeri 1977).

Hivernage
Il a lieu de fin octobre à début novembre jusqu'à février-mars. Les mâles sortent les premiers d'hivernage et on peut en trouver plusieurs ensemble à des points d'insolation privilégiés (nous en avons observé trois à différentes reprises). La 1ère observation printanière a été faite dans le sud des Deux-Sèvres (Secondigné) : une de 69 cm se déplaçait sur une route le 1er février 1985.
Nourriture

Elle consomme surtout des Vertébrés aquatiques (principalement des Amphibiens et parfois des Poissons) et très rarement des Vertébrés terrestres (Mammifères, Oiseaux). Une observation intéressante a été faite par D. Guérineau (communication personnelle) qui avait provisoirement une femelle de Couleuvre à collier de 79 cm de long, dans un grand terrarium extérieur avec des Vipères aspic. Le 27 juillet 1975, il la capture pour la déplacer et le 30 juillet elle régurgite une Vipère aspic dans un état de digestion avancé.

Les Amphibiens Anoures sont généralement capturés par les pattes postérieures et avalés vivants, sans qu'il y ait maintien dans les anneaux du corps. Les Urodèles et les Poissons sont, au contraire, déglutis par la tête. La méthode de chasse est différente, selon qu'elle s'effectue sur le sol ou dans l'eau. Dans le premier cas, la vue joue un rôle prépondérant dans la recherche et la capture des proies. Dans l'eau, la vision et les sens chimiques entrent en jeu simultanément avec une prédominance de ces derniers (Naulleau 1964). Nous pouvons signaler au passage une observation personnelle curieuse. Le 26 août 1981, nous avons trouvé, dans les Deux-Sèvres, en Forêt de Chizé, une Couleuvre à collier femelle (70 cm, 88 g) morte tout près de deux Crapauds accoucheurs (Alytes obstetricans) de 10 et 6,5 g, fraîchement avalés et régurgités morts. La Couleuvre est-elle morte à la suite d'une action du venin de ces Amphibiens ? l'hypothèse est plausible, mais nous n'avons rien retrouvé de semblable dans la littérature.

Reproduction

La maturité sexuelle a lieu à 3 ans chez les mâles et 4 ans chez les femelles (Bruno et Maugeri 1977). Cette espèce ovipare s'accouple en avril (Rollinat 1934) et peut aussi s'accoupler à l'automne (septembre) (D'Abadie 1928). Le 29 octobre 1970, à 13 h 30, nous avons observé, dans la nature, un comportement sexuel très actif entre 3 mâles et 1 femelle. La température du substrat à l'endroit atteignait 28°. Le 16 avril 1982 nous avons observé un accouplement à La Bernerie (44). Il n'existe toujours qu'une seule ponte (11 à 70 oeufs) en juin juillet. Le nombre d'oeufs augmente progressivement avec la taille et l'âge des femelles (Petter-Rousseau 1953). Les oeufs qui mesurent de 20 à 38 mm de long et 9 à 24 mm de diamètre sont souvent pondus dans des fumiers. Des oeufs de plusieurs Couleuvres peuvent être regroupés dans des lieux privilégiés. Le 21 août 1974, nous avons trouvé dans un fumier, à proximité d'une source, un regroupement de pontes de 216 oeufs. L'éclosion était en cours puisque 106 oeufs étaient déjà éclos. Dans les lieux de ponte, il peut y avoir des oeufs d'espèces différentes. C'est ainsi que 1200 oeufs de Couleuvre à collier et de Couleuvre vipérine ont été découverts au même endroit. Selon la température, l'incubation dure 5 à 8 semaines, mais dans de mauvaises conditions climatiques, elle peut être très allongée ; des oeufs non éclos contenant des petits vivants ont été trouvés dans le sol un 14 novembre (Rollinat 1934). A la naissance (en août ou septembre), les jeunes mesurent 15 à 20 cm.

Longévité
Dans la nature, le plus vieil individu observé avait 19 ans (Petter-Rousseau 1953).
Remarques
Nous avons pu étudier un jeune couleuvreau à deux têtes qui nous a été confié en liquide conservateur (Naulleau 1983 c).
Copyright © Matthieu BERRONEAU
 
Copyright © Daniel PHILLIPS
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Fiche tirée de l'ouvrage : "Les Serpents de France" de Guy Naulleau / Revue Française d'Aquariologie Herpétologie / 11ème année, 1984, fasc. 3 et 4, 2ème édition, mai 1987
Que vous pouvez vous procurer auprès de la Revue Française d'Aquariologie et d'Herpétologie (R.F.A.H.) / Musée de Zoologie / 34, rue Sainte Catherine / 54000 NANCY
Société Herpétologique de France / S.H.F.